Graphisme

Le vert, entre sabre laser et forêt de Totoro

Du vert sombre des sapins au vert presque lumineux d’un sabre laser, cette couleur raconte la nature, le voyage et un peu de magie.

Le vert est une couleur qui ne fait jamais tout à fait la même chose deux fois.

Il peut être sombre comme une forêt de sapins ou lumineux comme une prairie en plein mois de mai. Il peut évoquer un voyage, une randonnée, un jardin, mais aussi quelque chose de nettement moins terre à terre : la magie. C’est une des rares couleurs capables de tenir ces deux bouts à la fois, le concret et l’irréel, sans que l’un prenne le pas sur l’autre.

C’est peut-être pour ça qu’elle revient si souvent dans deux univers qui n’ont, sur le papier, pas grand-chose en commun : Star Wars et les films du studio Ghibli.

Un sabre qui change tout

Pendant deux films entiers, l’univers de Star Wars fonctionne avec un code couleur assez simple : le bleu pour les Jedi, le rouge pour le côté obscur. Puis arrive Le Retour du Jedi, en 1983, et Luke Skywalker sort un sabre laser vert.

Dans les romans qui développent l’histoire, Luke construit lui-même cette arme entre les événements de L’Empire contre-attaque et Le Retour du Jedi, après avoir perdu sa main droite face à Dark Vador. Il retrouve des indications dans le journal laissé par Obi-Wan Kenobi et assemble la pièce dans une grotte, sur Tatooine, avec R2-D2 et C-3PO pour seule compagnie.

Le choix du vert n’est jamais expliqué frontalement à l’écran. Mais son effet, lui, est immédiat : après deux films où seules deux couleurs de sabre existaient, une troisième apparaît au moment précis où Luke devient un Jedi à part entière, celui qui ne reproduit plus exactement le chemin de son maître.

Le vert vient alors ajouter une nuance là où tout semblait binaire.

Les forêts vertes de Ghibli

Le deuxième territoire du vert se trouve du côté du Japon, dans les décors du studio Ghibli.

Une bonne partie de l’identité visuelle de films comme Mon voisin Totoro, Pompoko ou Princesse Mononoke doit énormément au travail d’un artiste : Kazuo Oga, entré au studio en 1988 comme directeur artistique des décors sur Totoro. C’est lui qui peint ces immenses étendues végétales, ces forêts touffues et ces prairies qui semblent continuer bien au-delà du cadre.

Une exposition qui lui a été consacrée au Japon en 2007 le présentait sobrement comme « celui qui a peint la forêt de Totoro ». Le résumé est un peu réducteur tant sa carrière est longue, mais il dit quelque chose de vrai : ses paysages verts ne sont pas un simple décor de fond, ils portent une bonne partie de l’atmosphère du film.

C’est là que le vert rejoint l’idée de voyage. Une prairie qui s’étend à perte de vue donne immédiatement une sensation d’espace et de mouvement, même quand les personnages, eux, ne font que traverser le cadre à pied.

Nature, chance, argent et un peu de poison

En dehors de ces deux références, le vert traîne avec lui une quantité impressionnante d’associations, parfois contradictoires.

Il est la couleur la plus évidente de la nature, de la croissance et du renouveau. On l’associe à la chance, notamment via le trèfle à quatre feuilles. Dans le monde anglo-saxon, il est aussi devenu la couleur de l’argent, tout simplement parce que les dollars américains sont imprimés dans cette teinte depuis le XIXe siècle.

Mais le vert a également son revers. « Vert de jalousie » ou green with envy en anglais renvoie à une expression bien plus ancienne qu’il n’y paraît, et certaines teintes verdâtres ont longtemps été associées au poison ou à la maladie, avant même qu’on comprenne la chimie derrière certains pigments toxiques utilisés en peinture.

Un mot désigne d’ailleurs quelqu’un d’inexpérimenté : on dit qu’il est encore « vert », comme un fruit qui n’a pas fini de mûrir.

Difficile, avec un tel grand écart de significations, de réduire cette couleur à une seule case.

Quelques verts pour se repérer

  • Vert sapin — #0B6623 : sombre, dense, presque hivernal.
  • Vert prairie — #7CFC00 : lumineux, vif, associé à l’herbe en pleine lumière.
  • Vert menthe — #98FF98 : clair et frais.
  • Vert néon / sabre laser — valeurs variables selon les usages : famille de verts très saturés utilisée pour les effets lumineux et certains univers numériques.
  • Vert olive — #808000 : plus terreux, souvent associé à la sobriété ou au militaire.

Repères rapides

  • Associations fréquentes : nature, croissance, chance, argent, renouveau, magie.
  • Revers possibles : jalousie, inexpérience, association ancienne au poison.
  • Force graphique : grande amplitude, du très sombre au très lumineux, sans jamais perdre son identité.
  • Usages fréquents : environnement, voyage, jardinage, univers fantastiques et fictions à forte identité visuelle.

Le vert reste sans doute l’une des rares couleurs capables de faire cohabiter une forêt bien réelle et un sabre laser sans que l’un des deux paraisse déplacé.

Repères & crédits

  • Article : Fofent
  • Œuvres citées : Star Wars (Lucasfilm, créé par George Lucas), films du Studio Ghibli (cofondé par Hayao Miyazaki, Isao Takahata et Toshio Suzuki)
  • Artiste cité : Kazuo Oga, directeur artistique des décors, notamment sur Mon voisin Totoro et Princesse Mononoke
  • Sujet : couleur, culture populaire et graphisme

Sources


Transparence : cet article a été corédigé avec l’aide d’Euria, l’intelligence artificielle d’Infomaniak.