Graphisme

Les couleurs : entre science, émotion et souvenir d'enfance

À quatre ou cinq ans, le métier rêvé était « créateur de couleurs ». Quelques décennies plus tard, les couleurs restent toujours aussi fascinantes, mais un peu moins magiques.

Choisir une couleur pour un logo ou un site web, c’est un peu comme choisir une tenue pour un premier rendez-vous.

Un rouge vif peut attirer immédiatement l’attention. Un bleu sombre peut paraître plus calme. Un vert évoquera facilement la végétation. Mais contrairement à une tenue, une identité visuelle ne retourne pas dans l’armoire à la fin de la soirée.

Le choix mérite donc un peu plus qu’un « celle-là est jolie ».

Et cette fascination pour les couleurs ne date pas vraiment d’hier.

Créateur de couleurs, quatre ou cinq ans

Mon premier métier déclaré, aux alentours de quatre ou cinq ans, était « créateur de couleurs ».

J’étais persuadé qu’il devait encore en rester à découvrir.

Mélanger du bleu et du jaune pour obtenir du vert avait quelque chose de franchement magique. Si deux couleurs pouvaient en fabriquer une troisième, il suffisait peut-être de continuer suffisamment longtemps pour tomber sur une teinte que personne n’avait encore jamais vue.

Le plan de carrière n’a pas exactement fonctionné.

Je ne suis devenu ni scientifique explorant les limites du spectre visible, ni improbable crevette-mante capable de percevoir le monde d’une manière radicalement différente.

Mais l’idée est restée.

Une couleur n’est jamais seulement un petit carré accompagné d’un code hexadécimal.

Rouge égale passion ? Pas si vite

Les tableaux de psychologie des couleurs sont séduisants.

Rouge : passion.
Bleu : confiance.
Vert : nature.
Jaune : joie.
Noir : luxe.

En cinq lignes, toute la communication visuelle semble réglée.

Le problème, c’est que la réalité aime rarement tenir dans cinq lignes.

Une couleur est perçue dans un contexte. Sa signification dépend de la culture, de l’époque, de la nuance utilisée, des couleurs qui l’accompagnent et de l’histoire personnelle de celui qui la regarde.

Un rouge profond associé à une typographie élégante ne raconte pas la même chose qu’un rouge fluorescent posé sur un panneau d’interdiction.

Le même principe vaut pour toutes les autres couleurs.

Des repères, pas une formule magique

Cela ne signifie pas que toute psychologie des couleurs est inutile.

Certains rapprochements sont suffisamment répandus pour servir de repères.

  • Rouge : énergie, danger, passion, action.
  • Bleu : calme, confiance, distance, sérieux.
  • Vert : nature, croissance, équilibre.
  • Jaune : lumière, énergie, attention.
  • Orange : chaleur, mouvement, convivialité.
  • Noir : sobriété, autorité, élégance selon le contexte.
  • Blanc : espace, simplicité, propreté dans de nombreux usages occidentaux.

Le piège commence lorsque ces associations deviennent des règles absolues.

Une identité graphique ne se construit pas en choisissant « confiance » dans un menu déroulant et en récupérant automatiquement du bleu.

La couleur est aussi physique

Avant même de parler d’émotion, une couleur est liée à la lumière et à notre système visuel.

Un écran produit ses couleurs grâce au modèle RGB — rouge, vert et bleu, en combinant ces trois composantes de lumière. Une impression classique utilise plutôt le CMJN — cyan, magenta, jaune et noir, un modèle qui repose sur des encres absorbant une partie de la lumière plutôt que d’en émettre.

Les deux procédés ne fabriquent pas les couleurs de la même manière, l’un additif, l’autre soustractif.

Une teinte spectaculaire sur un écran peut donc perdre une partie de son intensité sur papier.

La perception change également selon l’éclairage, le contraste ou les couleurs voisines. Un même gris peut sembler plus chaud ou plus froid simplement parce que son environnement change.

Le cerveau participe donc beaucoup plus à l’expérience qu’un simple nuancier pourrait le laisser croire.

Et puis il y a les souvenirs

C’est probablement la partie la plus difficile à mettre dans une charte graphique.

Une couleur peut rappeler une chambre d’enfance, une voiture, un vêtement, une personne, une école ou un objet qui n’a absolument aucun rapport avec le projet sur lequel on travaille.

Ces associations personnelles sont impossibles à standardiser.

C’est aussi ce qui rend les discussions autour des couleurs parfois compliquées avec un client.

Il faut trouver un équilibre entre des goûts personnels, une histoire de marque, des contraintes techniques, l’accessibilité, les habitudes d’un secteur et l’émotion recherchée.

Autrement dit : beaucoup de choses pour un simple petit carré coloré.

Choisir sans raconter n’importe quoi

Certaines théories autour des couleurs flirtent parfois avec le « bullshit ».

Présenter une nuance comme capable, à elle seule, de rendre une marque écologique, luxueuse ou digne de confiance relève davantage du raccourci marketing que de la science.

Mais les couleurs restent des outils extraordinaires.

Elles permettent d’établir une hiérarchie, de créer un contraste, d’orienter le regard, de rendre une interface plus lisible et de construire une ambiance avant même que le premier mot ne soit lu.

La psychologie des couleurs devient donc intéressante lorsqu’elle reste à sa place : celle d’un ensemble de repères à confronter au contexte.

Pas celle d’un horoscope avec des codes hexadécimaux.

Et quelque part, le « créateur de couleurs » de quatre ans peut continuer à chercher.

Repères & crédits

  • Article : Fofent
  • Sujet : couleur, perception, graphisme et expérience personnelle
  • Notions citées : RGB, CMJN, psychologie des couleurs

Sources


Transparence : cet article a été corédigé avec l’aide d’Euria, l’intelligence artificielle d’Infomaniak.