Tester des logiciels, des applications, des petits outils du quotidien : c’est presque maladif chez moi. Et quand en plus c’est open source, et encore mieux quand c’est européen, je ne résiste tout simplement pas.
Le vrai déclencheur, cette fois, s’appelle WordPress. Je l’adore autant que je le déteste. Les failles de sécurité qui reviennent régulièrement, les mises à jour de plugins qu’il ne faut jamais oublier, la maintenance qui devient franchement lourde et fatigante dès qu’on gère plusieurs sites en parallèle : à un moment, on a envie de souffler un peu. Ces dernières années, je suis donc parti à la recherche d’alternatives pour mes propres sites, et pourquoi pas demain pour certains clients selon les besoins. Ce n’est pas un rejet de WordPress : je continue à l’utiliser très régulièrement. C’est plutôt la reconnaissance que d’autres outils font parfois mieux l’affaire, selon ce que la mission demande vraiment.
Ce site-ci, par exemple, tourne entièrement sous Publii.
Publii, concrètement
Publii est un CMS un peu particulier : c’est une application qui s’installe directement sur l’ordinateur, disponible pour Windows, macOS et Linux. Elle est développée par TidyCustoms, une société basée dans l’Union européenne, et distribuée en open source sous licence GPL-3.0, code source disponible publiquement.
L’idée centrale tient en une phrase : on rédige et on met en forme le contenu localement, dans une interface sobre et épurée, puis l’application génère un site entièrement statique, en HTML et CSS prêts à être publiés. Pas de plugin à gogo, pas de bouton dans tous les sens : juste l’éditeur, avec trois modes possibles selon les habitudes de chacun (blocs, éditeur classique façon traitement de texte, ou Markdown).
Côté sérieux, Publii ne fait pas les choses à moitié : minification automatique du HTML et du CSS, conversion des images en WebP, données structurées, sitemaps XML générés automatiquement, et une gestion assez poussée du consentement aux cookies, avec la prise en charge du Google Consent Mode v2. Une fois le site généré, il peut être publié vers GitHub Pages, GitLab Pages, Netlify, Amazon S3, Google Cloud, en FTP, en SFTP, ou tout simplement de façon manuelle.
Ce que ça change, d’être en local
C’est là que le déclic se produit vraiment.
Un CMS classique comme WordPress fonctionne avec un serveur qui tourne en permanence, une base de données à interroger à chaque visite, et un panneau d’administration accessible depuis n’importe où, donc potentiellement attaquable depuis n’importe où. Publii inverse complètement cette logique. Le contenu se rédige et se gère sur l’ordinateur, hors ligne si besoin. Le site final, lui, n’est jamais qu’un empilement de fichiers HTML et CSS statiques.
Concrètement, ça veut dire : pas de base de données à sécuriser ni à sauvegarder, pas de panneau de connexion public à protéger contre les tentatives de piratage, pas de plugin serveur à mettre à jour en urgence un dimanche soir. La surface d’attaque devient minuscule, presque symbolique, puisqu’il n’y a tout simplement plus de partie dynamique exposée en continu sur Internet.
La contrepartie existe, et il vaut mieux la connaître avant de se lancer. On ne modifie pas son site depuis n’importe quel appareil comme avec un CMS en ligne classique : il faut l’ordinateur sur lequel Publii est installé, ou une sauvegarde du projet. Le travail à plusieurs mains, en temps réel, n’a pas non plus la même souplesse qu’avec un CMS hébergé en continu. Et tout ce qui suppose une vraie interactivité côté serveur, comme des formulaires avancés ou des espaces membres, demande de passer par des services tiers plutôt que par une fonctionnalité native.
Pour qui c’est vraiment fait
Publii vise clairement les blogs, les portfolios, les sites vitrines, les documentations ou les petits sites personnels et professionnels, gérés seul ou à très peu de mains.
Ce n’est pas l’outil qu’il faut pour une boutique en ligne complexe, un site avec des comptes utilisateurs qui s’inscrivent en masse, ou une plateforme qui a besoin d’interactions constantes en base de données. Mais pour un site qui doit surtout afficher du contenu, se charger vite et rester tranquille pendant des mois sans réclamer d’attention, c’est redoutablement efficace.
Et les autres outils testés au passage
Publii n’est pas resté seul très longtemps dans la boîte à outils.
Pour d’autres projets, j’utilise Webstudio, un constructeur visuel open source qui se branche sur à peu près n’importe quel CMS headless et génère du code frontend moderne, un peu dans l’esprit d’un Webflow qu’on pourrait auto-héberger. Pour d’autres encore, c’est Silex qui prend le relais : un éditeur visuel sans code, né en 2003 et passé en open source dès 2007, aujourd’hui porté par l’association à but non lucratif Silex Labs.
Et un nouveau projet commence tout doucement à pointer le bout de son nez du côté de ProcessWire, un CMS open source créé par Ryan Cramer, connu pour son API particulièrement flexible et sa structure de champs entièrement personnalisable. De quoi reparler, probablement, dans un futur article.
Repères & crédits
- Projet principal : Publii
- Développé par : TidyCustoms (Union européenne)
- Licence : GPL-3.0, open source
- Plateformes : Windows, macOS, Linux
- Site officiel : getpublii.com
- Outils évoqués : Webstudio (Webstudio Inc.), Silex (Silex Labs), ProcessWire (créé par Ryan Cramer)
Sources
- Publii: Free, Open-Source Static CMS for Fast, Secure Websites
- Silex (website builder) — Wikipedia
- ProcessWire: An open source CMS with a powerful API
- Webstudio — Advanced Open Source Website Builder
Transparence : cet article a été corédigé avec l’aide d’Euria, l’intelligence artificielle d’Infomaniak.
