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Zen Browser, ou comment garder Firefox en vie sans s'ennuyer

Choisir un navigateur, ce n’est jamais neutre. Zen Browser modernise Firefox sans quitter son moteur, à un moment où ce moteur en a bien besoin.

Choisir un navigateur ressemble de plus en plus à un acte politique déguisé en simple habitude.

Ce n’est pas tout à fait un hasard si celui installé par défaut ici est Zen Browser. Pas uniquement pour ses fonctionnalités, même si elles sont sérieusement agréables. Plutôt pour ce qu’il y a derrière : un moteur qui a besoin qu’on continue à l’utiliser.

Un moteur en danger de disparition

Le web repose aujourd’hui sur une poignée de moteurs de rendu, ces programmes qui transforment le code d’une page en ce qu’on voit à l’écran. Chrome et la plupart de ses dérivés utilisent Blink. Safari utilise WebKit. Firefox reste à peu près seul à faire vivre Gecko.

Et Firefox va mal.

En 2008, au moment où Chrome fait ses débuts, Firefox pesait encore autour de 20 % du marché, avec des pointes à plus de 50 % dans certains pays. En 2025, sa part est retombée à environ 2,5 % sur ordinateur et à peine plus de 0,5 % sur mobile. Une bonne partie de la stratégie de Mozilla, la fondation derrière Firefox, dépend par ailleurs financièrement d’un accord avec Google : en 2020, Google représentait environ 400 des 496 millions de dollars de revenus de Mozilla, en échange d’être le moteur de recherche par défaut du navigateur. Autrement dit, Firefox survit en grande partie grâce à de l’argent versé par son principal concurrent.

Si Gecko disparaît, il ne reste plus vraiment que deux familles de moteurs pour faire tourner l’ensemble du web. Ce n’est jamais une bonne nouvelle quand une infrastructure aussi centrale se retrouve concentrée entre aussi peu de mains.

Et Ladybird, dans tout ça ?

Un troisième acteur tente de rebattre les cartes depuis la marge : Ladybird, lancé par Andreas Kling à partir d’un projet dérivé de son système d’exploitation SerenityOS.

Contrairement à la quasi-totalité des navigateurs récents, Ladybird ne repose ni sur Chromium ni sur Gecko ni sur WebKit. Son moteur, LibWeb, est construit entièrement depuis zéro. Le projet fonctionne désormais sous la forme d’une organisation à but non lucratif, financée par des dons, avec parmi ses soutiens le cofondateur de GitHub Chris Wanstrath, ainsi que des entreprises comme Cloudflare, Shopify, 37signals… et Proton VPN.

Une alpha est annoncée pour 2026, une bêta pour 2027 et une version stable pour 2028. C’est prometteur, mais ça reste loin. En attendant, le web a toujours besoin d’un deuxième moteur qui tienne la route face à Chromium, et ce moteur, aujourd’hui, c’est encore Gecko.

Quand Proton, justement, choisit Chromium

C’est là qu’une nouvelle plus discutable est passée, avec une pointe d’ironie difficile à ignorer.

Proton, connu pour ses services orientés vie privée comme Proton Mail ou Proton VPN, semble travailler sur son propre navigateur. D’après une offre d’emploi repérée par la presse spécialisée, l’entreprise chercherait un profil ayant de l’expérience sur le développement d’un navigateur basé sur Chromium.

Une partie de la communauté n’a pas franchement applaudi. Le reproche est assez direct : un navigateur Chromium de plus, même signé par une entreprise réputée pour la vie privée, revient à renforcer un peu plus la position dominante d’un seul moteur. D’autant que Proton VPN figure justement parmi les sponsors de Ladybird. Proton n’a pour l’instant donné aucune explication publique sur ce choix.

Cela ne fait pas de Proton une entreprise malveillante. Cela illustre simplement à quel point Chromium est devenu une solution de facilité, même pour des acteurs dont l’image repose sur l’indépendance.

Zen Browser, Firefox avec un peu de style

C’est dans ce contexte que Zen Browser prend tout son sens.

Apparu en 2024, Zen Browser est un fork de Firefox, distribué sous licence Mozilla Public License 2.0. Techniquement, il tourne donc directement sur le moteur Gecko. Visuellement et fonctionnellement, il emprunte beaucoup à Arc, ce navigateur qu’il m’est arrivé d’utiliser à sa sortie et qui a marqué les esprits avec son approche différente de la navigation.

Zen propose une sidebar verticale plutôt qu’une barre d’onglets horizontale classique, des espaces de travail permettant de séparer des groupes d’onglets selon le contexte, une vue partagée pour afficher deux onglets côte à côte, et une fonction « Glance » pour ouvrir un lien sans avoir à ouvrir un nouvel onglet complet. L’ensemble se personnalise largement, via des thèmes et des « Zen Mods » créés par la communauté.

Firefox prévoit d’intégrer une sidebar verticale dans ses prochaines versions. Zen n’aura donc pas le monopole de l’idée éternellement. Mais il l’a proposée tôt, avec beaucoup de soin, et continue d’aller plus loin sur la personnalisation.

Pourquoi ce choix compte

Utiliser Zen Browser, c’est profiter d’une interface moderne sans quitter Gecko. C’est, indirectement, une manière de continuer à faire vivre un moteur qui a largement besoin de rester pertinent.

Ce n’est pas une question de performance pure ou de fonctionnalité miracle. C’est un choix qui part d’une conviction assez simple : un web réellement ouvert a besoin de plus d’un seul moteur pour rester un minimum équilibré.

Repères & crédits

  • Projet : Zen Browser
  • Type : navigateur libre, fork de Mozilla Firefox
  • Moteur : Gecko
  • Licence : Mozilla Public License 2.0
  • Site officiel : zen-browser.app
  • Projets et organisations cités : Mozilla Foundation (Firefox), Ladybird Browser Initiative (Andreas Kling), Proton

Sources


Transparence : cet article a été corédigé avec l’aide d’Euria, l’intelligence artificielle d’Infomaniak.